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Arbitres africains : les « sacrifiés » de la CAF (Par Boumy Guèye)

Mardi 20 Janvier 2026

Jean-Jacques Ndalla, l'arbitre congolais (RDC) de la 35e finale de la CAN au Maroc, le 18 janvier 2026
Jean-Jacques Ndalla, l'arbitre congolais (RDC) de la 35e finale de la CAN au Maroc, le 18 janvier 2026

J’ai  sillonné pendant 10 ans les terrains de France avec mon sifflet. J’y ai croisé des hommes formidables (Serge Dengremont, Matthieu Puzilewicz, Bernard Kordek, @Serge Francine Titeca-Plancq…). Et c'est justement parce que je connais l'exigence du haut niveau que je suis aujourd'hui scandalisé par la gestion de la CAF.

 

On assiste à un spectacle désolant : d'un côté, des joueurs de classe mondiale (Liverpool, Real Madrid, Leverkusen...) qui jouent à 2000 à l'heure ; de l'autre, des arbitres jetés dans l'arène sans les armes pour survivre.

 

Monsieur Motsepe, l’arbitrage ne se gère pas avec des communiqués, mais avec une vision.

 

1. Des arbitres envoyés au "casse-pipe"

 

Comment exiger d'un arbitre officiant toute l'année dans un championnat domestique au rythme haché de prendre des décisions instantanées face à des athlètes d’élite ? C’est physiquement et cognitivement impossible. La CAF expose des hommes à l'humiliation mondiale parce qu'elle a échoué à créer une élite arbitrale continentale mobile et compétitive.

 

2. Le silence coupable sur la formation (et l'argent)

 

Où passent les millions de dollars de droits TV et de sponsoring ? Sûrement pas dans les infrastructures de formation continue. Se contenter de stages de trois jours avant une compétition est une insulte au professionnalisme. On ne prépare pas un marathonien en lui donnant une bouteille d'eau au 40ème kilomètre.

 

3. Le scandale des désignations : l'opacité comme système

 

La dernière CAN au Maroc a fini de briser le peu de confiance qu’il restait. Comment expliquer les changements d'arbitres en pleine nuit, comme lors du quart de finale Maroc-Cameroun, où l'Égyptien Amin Omar et l'Algérien Mustapha Ghorbal ont été écartés à la dernière minute sous la pression des fédérations ?

 

Comment justifier qu'un même évaluateur VAR soit nommé sur cinq matchs consécutifs d'une même équipe ? Comment justifier qu'un arbitre soit révoqué pour des crampons non conformes? Ces "imbroglios" administratifs ne sont pas des erreurs de débutants, ce sont les preuves d'une commission d'arbitrage aux ordres, incapable de garantir la neutralité. En agissant ainsi, la CAF discrédite elle-même le sifflet africain avant même le coup d'envoi.

 

4. La politique du "fusible" : le sommet de l'hypocrisie

 

C’est ici que la CAF est la plus toxique. Dès qu’une polémique enfle — comme on l'a vu avec les scènes de chaos lors de la finale Maroc-Sénégal — elle suspend lourdement ses arbitres au lieu d'assumer ses failles de préparation.

 

• Elle transforme les officiels en boucs émissaires pour masquer son incompétence.

• Elle entretient un climat de suspicion en ne garantissant pas des conditions de travail dignes du standing de la compétition.

 

5. Mon diagnostic

 

En refusant d’investir massivement dans le brassage (envoyer nos arbitres en Europe, ramener des experts pour des échanges réels), la CAF sabote délibérément son propre football. On ne peut pas avoir un moteur de Ferrari (les joueurs) avec des freins de bicyclette (l'arbitrage).

 

La CAF ne doit plus seulement "former", elle doit réformer. Arrêtez de sacrifier nos arbitres pour sauver vos sièges. Le football africain mérite une justice sur le terrain à la hauteur de son talent (…)
 

Boumy Guèye 

 
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